Désolé, mais la femme « moderne » a aussi le droit d’aimer

Une nouvelle fois, Agnès Martin-Lugand a su maîtriser sa plume et donner vie à une histoire touchante et moderne. Avec « Désolée, je suis attendue », l’auteure nous partage le récit d’une femme à la vie professionnelle bien remplie. Yaël est une jeune femme du XXIe siècle prête à tout pour évoluer dans son travail, au point d’en oublier sa vie amoureuse et familiale. Cette caractéristique pose le lecteur dans une problématique actuelle : la difficulté d’être justement une femme du XXIe siècle. Concilier boulot et vie privée n’est pas de tout repos. Que faire ? Délaisser le second pour réussir dans le premier ? Dans ce roman, Agnès Martin-Lugand aborde cet aspect en donnant à son personnage du relief et un passé quelque peu douloureux. L’occasion alors pour l’écrivain de revenir sur des thèmes comme l’amour, la confiance en l’autre, la quête d’un avenir meilleur.

Détrôner le premier ouvrage d’Agnès Martin-Lugand, « Les gens heureux lisent et boivent du café », risque d’être difficile. J’ai adoré cette histoire à tel point qu’elle fait aujourd’hui partie de mes livres favoris. Si « Désolée, je suis attendue » n’a pas réussi à passer devant ce roman dans mon palmarès des œuvres littéraires coups de cœur, cet ouvrage est quand même parvenu à me séduire et à me faire monter les larmes aux yeux à plusieurs reprises. Il n’y a pas à dire, Agnès Martin-Lugand sait parfaitement user de sa plume pour transmettre l’amour que ressentent certains personnages. J’ai été particulièrement troublée lorsqu’Alice, toujours calme et attentive, s’est mise à dire ses quatre vérités à sa jeune sœur Yaël. Derrière les mots durs et intransigeants, se dévoilait un amour profond et sincère. Un amour inquiet. Un amour à la fois touchant et bouleversant. J’ai aimé que l’auteure utilise son histoire pour mettre en avant les liens entre frères et sœurs, les sentiments puissants qui peuvent également relier des amis. Cela fait du bien d’aller plus loin que la simple romance.

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Amitié prodigieuse, amitié insidieuse

Comme beaucoup de personnes, je n’ai pas pu résister. A force de voir cet ouvrage dans les rayons et d’en entendre que du bien, je me suis dit qu’une lecture contemporaine prenant racine en Italie ne pouvait qu’être intéressante. Une fois dans ma pile à lire, « L’amie prodigieuse » d’Elena Ferrante n’a pas fait long feu. Ce roman d’apprentissage a su me rendre curieuse : l’amitié entre Elena et Lila est-elle faite pour durer ? Que vont-elles devenir au fil des années ? 

Dans ce premier tome, l’auteure se consacre uniquement à la jeunesse de ses deux héroïnes. Un pan de leur vie qui sera en partie déterminant pour la suite. C’est durant cette période que tout se joue pour Elena et Lila. Leurs choix, ou celui de leur entourage, auront des répercussions sur leur vie de femmes adultes. C’est une phase cruciale, et on comprend tout à fait pourquoi Elena Ferrante a choisi d’ouvrir son histoire avec un tome entier sur ces débuts. Si je m’attendais à trouver un récit à double voix, l’écrivain a pourtant décidé de ne laisser qu’Elena s’exprimer. Fascinée par son amie, cette jeune Italienne grandissant dans un quartier difficile à la fin des années 50 se présente comme la « suiveuse ». Enigmatique, impulsive, déterminée, Lila prend le dessus facilement. Elle domine d’autant plus que ses pensées ne sont jamais dévoilées, à aucun moment elle ne s’empare de la narration. Et pourtant. Elle est partout et influence le comportement d’Elena.

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Sur les pas du Petit Prince

Hello la blogo 🙂 J’avais l’impression de ne pas avoir écrit depuis plusieurs semaines, et en réalité non, cela fait juste une semaine. Ouf ! Il faut dire qu’en ce moment, le temps passe à une vitesse folle pour moi. J’ai relu je ne sais combien de fois mon mémoire pour être certaine que tout soit bon, les entraînements de GRS ont également repris, j’ai dû apprendre des enchaînements imposés pour pouvoir les montrer aux gymnastes en compétition (et puis en tant que juge, c’est toujours mieux de connaître les enchaînements imposés pour certaines catégories, cela évite de faire n’importe quoi ^^), et maintenant, je dois préparer ma soutenance. Entre deux-trois réflexions et quelques mouvements du corps, je prends cependant un peu de temps pour écrire ma petite chronique sur le film Le Petit Prince, une chronique que j’aurais aimé écrire il y a plusieurs jours mais mon planning en avait malheureusement décidé autrement !

Le_Petit_PrinceMark Osborne, le réalisateur de ce chef-d’oeuvre, aurait pu se contenter d’adapter l’histoire écrite par Saint-Exupéry. Reprendre banalement le voyage du Petit Prince et en profiter pour verser quelques enseignements et moralités sur le chemin. Oui, il aurait pu faire cela. Mais Mark Osborne, connu pour avoir réalisé Kung-Fu Panda, a choisi d’innover et de faire appel à son imagination pour créer une petite pépite cinématographique, un concentré de poésie et de beauté, un hymne à l’enfance et à l’amitié.

Dans cette adaptation, tout commence avec une petite fille. Elle vit seule avec sa maman, joue très peu, passe son temps à réviser pour entrer dans l’établissement scolaire dont tout le monde rêve. La mécanique de son quotidien est bien huilée. Il n’y a pas de place pour la fantaisie. De tout façon, même si elle en avait envie, sa très chère mère ne la laisserait pas faire. Il faut réussir, point final. La société moderne ne donne plus leur chance aux rêveurs, le travail ne peut pas s’accorder avec l’imaginaire. Envolée âme d’enfant, bonjour ligne droite et futur tout tracé. Mais heureusement pour notre petite fille, un déménagement va venir tout bouleverser. Son nouveau voisin, aviateur un peu loufoque et beaucoup détesté,  va parvenir à lui ouvrir les yeux et à lui faire découvrir les aventures du Petit Prince.

Voilà donc ce que nous propose cette réécriture du livre de Saint-Exupéry : deux histoires dans un même film, deux histoires différentes qui finissent par se croiser et n’en former plus qu’une. Pour ma part, j’ai adoré marcher sur les pas du Petit Prince en suivant ceux de la petite fille. Le passé a toujours de la lumière, des éclaircissements à apporter sur le présent. En racontant les péripéties vécues par le Petit Prince, l’aviateur transforme à jamais la vie de notre héroïne. Ce lien temporel rend d’ailleurs les messages du livre encore plus forts et bouleversants. Peu importe les siècles, il y aura toujours des personnes vaniteuses, des businessman propriétaires d’étoiles. Peu importe les années qui défilent, il y aura toujours des personnes prêtes à aimer et à apprivoiser l’amitié (la relation amicale qui se crée entre la petite fille et l’aviateur est extrêmement touchante, aussi belle que celle entre le Petit Prince et le renard). Peu importe le temps qui passe, il y aura du mauvais mais également du bon. A nous d’agir pour éviter que le premier l’emporte sur le second.

Une autre raison de regarder Le Petit Prince : l’esthétisme de cette adaptation cinématographique est à couper le souffle. Une vraie réussite ! C’est un délice pour les yeux ! J’ai beaucoup apprécié le travail entrepris sur le stop motion pour retranscrire l’histoire du Petit Prince. Cet effet papier mâché fait implicitement référence aux pages de l’ouvrage de Saint-Exupéry et permet à un vent poétique de souffler sur la narration. C’est ingénieux et très beau.

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Vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement ce film d’animation. C’est un petit bijou que l’on se doit d’avoir vu au moins une fois dans sa vie. Pour la beauté des images mais aussi pour la beauté de l’histoire.

Un livre qui se dévore

Et soudain tout change. La vie n’est plus un long fleuve tranquille. Il y a de petites aventures à vivre, de grands obstacles à surmonter. Camille, Axel, Léa, Manon, Louis, Léo, ne diront pas le contraire. Surtout pas Camille ! Sa dernière année au lycée a été chargée en péripétie. Les poches remplies de questions, elle a sans cesse joué au yoyo, elle est régulièrement montée dans l’ascenseur aux émotions. Elle aurait bien voulu ne pas ressentir autant, mais c’est ça être une adolescente. L’enfance prend quelques fois le large ; l’adulte qui sommeille sort de plus en plus souvent de sa coquille et s’empare du navire.

et-soudain-tout-changeAvec ce roman, Gilles Legardinier m’a embarquée dans une histoire comme je les aime. Réaliste et sincère. Mature et intelligente. Mais aussi pleine d’humour. Car oui, c’est aussi ça être une adolescente : les rires ne sont jamais bien loin des drames, les sourires succèdent aux larmes. J’ai tourné les pages rapidement, dévoré les lignes. De chapitre en chapitre, j’ai vu, écouté, senti Camille et ses amis croquer la vie malgré ses aléas. J’ai rigolé avec eux. J’ai pleuré avec eux. Je me suis reconnue dans la première, j’ai noué des liens avec les seconds.

Camille est une grande observatrice. Elle est de ce fait la narratrice idéale. Son « je » n’est pas égoïste, elle m’a facilement permis de découvrir son environnement. Alors qu’elle est la voix et la tête du livre, elle laisse sa bande de copains en être la chaire. Il n’y a pas une héroïne, mais des héros. L’amitié a le pouvoir de rassembler et Gilles Legardinier a très bien su le retranscrire en choisissant ce personnage comme porte-parole. Si l’auteur a fait ce choix, c’est également par souci de réalisme. A l’adolescence, on se pose mille et une questions, on doute, on hésite, on se fait peur avec des broutilles. Et Camille est parfaite dans ce rôle. Elle manque cruellement de confiance en elle. Réalisatrice en herbe, elle se crée de nombreux films, elle imagine des relations et des actions qui n’ont jamais eu lieu. Plus haut, j’ai écrit que je m’étais reconnue en Camille. La Terminale est loin derrière moi aujourd’hui, j’ai grandi, pris de l’assurance, mais à l’époque j’étais tout comme elle. Camille, c’est un peu le fantôme de mon passé, la spectatrice que j’étais. Son comportement me parle, ses réactions peuvent d’ailleurs parler à tous ceux qui sont passés par cette période de questionnement.

A plusieurs reprises, l’écrivain profite alors de ces moments de connivence et de remise en question pour aborder des réflexions philosophiques. La mission de chaque être humain sur Terre, l’avenir, le pouvoir relationnel de la machine à café, la mort et le deuil, le divorce… Ces passages sont parfois un peu trop longs, ils coupent le rythme de la narration mais ils ont au moins le mérite d’exister. Une histoire, c’est aussi de l’abstrait, des messages à délivrer, des idées que l’on partage. Et puis, ce n’est pas comme si Gilles Legardinier avait le don de tout alourdir. Sa plume révèle toujours une pointe d’humour, une bonne série de jeux de mots. Grâce à elle, j’ai réfléchi et ri en même temps. Ce n’est pas donné à tout le monde de rendre la philosophie tordante et légère !

Tiens, en parlant de légèreté, il fallait absolument que je mentionne quelque chose, ou plutôt quelqu’un. Il y a des personnages qui vous ressemblent et d’autres qui vous marquent par leur caractère. Dans Et soudain tout change, je me suis retrouvée en Camille et j’ai été charmée par son ami Tibor. Si on prétend que les femmes viennent de Vénus et les hommes de Mars, je ne sais pas exactement d’où vient Tibor, mais surtout pas d’une de ses deux planètes. Et encore moins de la Terre. Il a ce grain de folie qui rend capable de tout. Il a une imagination débordante et beaucoup de culot. Il sait donner au quotidien des allures plus cocasses. Il est ce vent léger qui vient chatouiller votre visage et vous redonne de l’élan. Il est ce héros qui vous donne envie de continuer à tourner les pages. Et je peux vous dire que grâce à lui (et à tous les autres au fond), j’ai tourné, j’ai tourné, j’ai tourné. Et j’ai tout dévoré !

Quand l’amitié étouffe

Cela fait plusieurs mois maintenant que j’ai vu ce film et il me hante encore. Contrairement à ce que suggère son titre, Respire vous coupe le souffle. L’amitié n’est pas que beauté. Charlie et Sarah en sont la preuve et je crois que je n’oublierai jamais la scène finale.

Respire-film-de-Melanie-Laurent

Avec les César vendredi soir et la nomination des actrices Joséphine Japy et Lou de Laâge dans la catégorie « meilleur espoir féminin », je me suis remémorée le film et je me suis rendue compte que les deux protagonistes m’avaient vraiment marquée. J’aurais d’ailleurs aimé que Joséphine reparte avec la statuette mais le jury en a décidé autrement. Dommage car je trouve qu’elle possède un réel talent. Elle est époustouflante.

Si Sarah, l’adolescente incarnée par Lou de Laâge, vous scie sur place par sa cruauté et par sa capacité à mentir et à faire culpabiliser les gens, Charlie vous laisse sans voix. Vous vous sentez impuissants. Aveuglée par cette amitié destructrice, elle s’accroche à cette fille malgré les coups bas qui se font de plus en plus nombreux. Elle a mal mais elle s’obstine quand même. Quelque part, elle est persuadée que c’est cette relation qui la fait respirer. Les bons souvenirs, la tendresse d’autrefois, les sourires passés lui font croire que Sarah est son leitmotiv.

C’est beau l’espoir. Au fond, on a aussi envie d’y croire.

Et c’est ce qui fait qu’on s’attache à notre tour. Pas à Sarah bien sûr mais à Charlie, cette jolie brune qui n’a pas trop confiance en elle. On comprend petit-à-petit que c’est son admiration pour Sarah qui l’empêche de crier stop. Charlie est subjuguée. On aurait presque l’impression qu’elle est tombée amoureuse. Sarah n’a peur de rien. Sarah est une fonceuse. Comment ne pas succomber à une personne qui semble mettre de l’énergie dans votre vie ?

Les actrices ont tellement réussi à s’approprier l’histoire et les personnages qu’on en oublie qu’il ne s’agit que de cinéma. Impossible de prendre du recul face à cette interprétation sincère. La fin n’en est que plus remarquable.

Chapeau. Je n’ai pas lu le livre dont est tiré ce scénario, je ne sais donc pas s’il le respecte assez bien mais : wahou.

 Je suis sortie perturbée de la salle. A force de s’impliquer auprès de Charlie, même en tant que spectatrice, j’espérais que tout allait s’arranger. Idéalisme…

Respire est à mes yeux un film qu’il faut absolument regarder. J’avais déjà beaucoup apprécié Les adoptés de Mélanie Laurent, mais là, je trouve qu’elle a encore fait un très très bon choix que ce soit au niveau du sujet que des actrices !

Les débutantes – destins de femmes

Elles ne sont qu’au début de leur vie. Quatre héroïnes en devenir. Tout reste encore à écrire.  

les débutantes

Première de couverture du livre de J. Courtney Sullivan

Celia, Sally, Bree et April se rencontrent à l’université de Smith, une fac réservée aux femmes. Ici, pas question de tricoter et de préparer les filles à être de bonnes ménagères. Le féminisme est de rigueur. Avec ce livre, J. Courtney Sullivan nous offre une réflexion intelligente sur l’évolution féminine aux Etats-Unis. Une belle leçon d’indépendance. Chaque personnage avance à sa façon et cherche à devenir ce qu’il a envie d’être. Bien sûr, April, Celia, Sally et Bree ne sont pas parfaites, et ce sont sans doute ces imperfections qui les rendent encore plus humaines et les rapprochent du lecteur. Elles ne sont pas juste une utopie, un rêve que les femmes (et aussi les hommes) ne pourront jamais connaître dans la vie réelle.

Dans l’air du temps

Dans ce roman, il est aussi question d’homosexualité. Les histoires d’amour ne touchent pas que les femmes attirées par les hommes et inversement. J. Courtney Sullivan nous montre que deux personnes du même sexe peuvent éprouver des sentiments sincères l’un envers l’autre. Ce n’est pas un crime. Ce n’est pas une lubie. Mais le regard des autres, les stéréotypes, la peur peuvent tout transformer en fardeau. Il fait alors garder la tête haute, affronter ses amis, sa famille. S’affronter soi-même. Avec Les débutantes, l’auteur aborde des thèmes forts, ancrés dans notre actualité. Il y a comme un goût de vérité.

Amies malgré les péripéties

Ce livre, c’est aussi et avant tout une histoire d’amitié. Au fil des pages, on s’attache à Sally, April, Bree et Celia. On aimerait faire partie de leur groupe, connaître tous leurs secrets. Et quand, de temps en temps, leurs chemins se séparent, on souhaiterait être celle ou celui qui les réunira. Car malgré les disputes, les retournements de situation, on sent que le lien est toujours là.