Pour que la lune éclaire leurs pas et nos regards

Le sujet est récurrent. Il revient à chaque fois sur le tapis, qu’on le veuille ou non. Chacun à son avis, chacun à son discours face à l’arrivée massive de migrants dans les pays européens. C’est un sujet très polémique qui, au lieu d’attirer la bienveillance, attise souvent la haine et la colère. Certains jugent sans connaître, sans savoir ce que toutes ces personnes qui fuient ont enduré. Certains sont prêts à tout pour les aider. D’autres créent des récits pour pousser les citoyens à ouvrir les yeux. Le temps d’une lecture, le parcours du combattant de ces migrants devient le nôtre. On ne peut alors que remercier ces auteurs, comme Nadia Hashimi, qui prennent la plume pour mieux éclairer les pas de l’humanité.

J’en ai lus des commentaires haineux, j’en ai entendu des propos mal intentionnés dans le cadre de mon métier. Je me souviens d’ailleurs d’un message en particulier : « S’ils avaient vraiment des couilles, ils resteraient dans leur pays pour se battre. » Un concentré d’égoïsme et d’ignorance dans une seule phrase. Comment rester calme face à ces dires ? On se force à rester indulgent car on sait également que les Français souffrent, que le quotidien est loin d’être facile. Mais quand on prend le temps de se pencher sur celui de ces migrants, comment peut-on affirmer qu’ils devraient rester chez eux ? Je trouve qu’il est bien prétentieux de déclarer de telles choses quand on sait qu’on aurait été nombreux à fuir notre pays si on avait connu le même quotidien. Bien entendu, ceci n’est que mon point de vue. Une opinion qui s’appuie sur des rencontres. Car en tant que journaliste, j’ai déjà croisé à plusieurs reprises des réfugiés. Déjà imprégnée par leurs histoires, c’est donc avec beaucoup d’intérêt que je me suis intéressée au récit livré par Nadia Hashimi dans « Si la lune éclaire nos pas ».

Dans ce livre, si on suit le douloureux périple de Fereiba et de ses enfants pour se rendre à Londres, on découvre d’abord l’enfance de cet héroïne. Une plongée qui nous permet de connaître un peu mieux les traditions et les règles qui s’appliquent en Afghanistan. Une vie difficile, bercée par le patriarcat et les désillusions. Ce choix de l’auteure de nous raconter dans un premier temps les premiers pas de Fereiba est judicieux car il nous donne la possibilité de nous attacher à ce personnage. Alors, quand vient le moment où Fereiba perd son mari, tué par les talibans, le lecteur ne peut que la soutenir et l’encourager à fuir Kaboul. Avec ses trois enfants, elle va pourtant rester plusieurs mois dans cette ville ruinée et détruite, cette ville fantôme. Attachée à ses racines, attachée à l’idée que tout pourrait redevenir comme avant, attachée à l’espoir, Fereiba ne prend pas ses jambes à son cou directement. Sa fuite est sa dernière issue, sa dernière option. Elle aurait pourtant aimé ne pas la prendre.

Vient alors la longue traversée, le voyage vers Londres semé d’embûches. On suit Fereiba, mais aussi son fils aîné Salim qui doit compenser l’absence de son père en devenant l’homme de la famille. Cette double narration permet à Nadia Hashimi d’aborder différentes questions mais également d’envisager divers obstacles. Je ne vais pas développer cet aspect afin que la curiosité vous incite à découvrir ce roman. En tout cas, sachez que les protagonistes de cette histoire ne seront pas épargnés de manière à ce que le lecteur se rende bel et bien compte de la dureté d’un tel parcours. Et puis, de toute façon, dans la réalité, ces personnes qui quittent leur pays pour une vie meilleure sont loin de vivre un conte de fée. Ce roman réaliste se veut juste et perturbant afin d’éclairer au mieux notre regard et notre opinion sur ce sujet si polémique.

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15 réflexions sur “Pour que la lune éclaire leurs pas et nos regards

  1. les migrants ne sont pas forcément des parasites, certains peuvent apporter beaucoup au pays qui les reçoit !! … et la plupart n’ont quitté leur pays qu’en dernière extrémité et non juste pour avoir une vie plus confortable dans un pays riche, merci de présenter ce livre positif

    • Mais de rien 🙂 c’est un sujet qui me touche beaucoup et je pense qu’il est important que des auteurs en parlent pour essayer d’informer les gens. Des gens qui oublient souvent qu’eux-même ont des grands-parents, arrière-grands-parents qui ont quitté leur pays d’origine pour trouver une meilleure vie ailleurs…

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