Et si le monde était dirigé par les femmes ?

Pendant des siècles, plusieurs personnes l’ont crié haut et fort : la femme est le « sexe faible ». Elle se doit donc de rester en retrait, de paraître au lieu d’exister, de respirer selon les désirs de son père ou de son époux. La femme, petit être bancal qui se laisse dominer par ses pulsions sexuelles et sa sensibilité. La femme, petit être que l’intelligence et la connaissance ne peuvent côtoyer. C’est prouvé, bibliquement parlant, voire scientifiquement, que son âme ne peut supporter toutes les richesses intellectuelles que la vie peut offrir. Durant des siècles, la société a sorti un bon paquet d’imbécillités concernant la gent féminine. Aujourd’hui encore, certaines personnes chérissent les traditions et n’acceptent pas l’idée que les femmes ont autant de droits et de devoirs que les hommes. A travers « Roman à l’eau de bleu », Isabelle Alonso inverse alors les rôles. Et si le monde était, depuis la nuit des temps, dirigé par des femmes ? Et si les hommes étaient des hommes d’extérieur (clin d’œil au cliché de la femme d’intérieur) ? Et si la force était féminine ?

roman-a-leau-de-bleuEn voilà un roman qui bouscule les préjugés. Si je devais choisir un adjectif pour qualifier cet ouvrage, je choisirais « déroutant ». Isabelle Alonso nous balance en pleine figure tous les clichés qui gouvernent notre société, et elle le fait admirablement bien. Quoi de mieux que de changer les rôles pour pointer du doigt l’absurdité de nos habitudes ? Quoi de mieux que de grossir les traits pour nous montrer à quel point on se trompe en opposant systématiquement les hommes et les femmes ? Ne sont-ils pas plutôt des êtres complémentaires qui méritent de vivre sur le même pied d’égalité ?

Vous l’aurez compris, dans « Roman à l’eau de bleu », ce sont les femmes qui dirigent. Elles sont à la tête des institutions, écrivent les lois, choisissent à la place des hommes (ils sont trop bêtes, trop superficiels, voyons). La religion met sur un piédestal la biologie féminine. La fécondité est adorée, choyée, vénérée (tiens, petit clin d’œil à l’avortement – car Isabelle Alonso défend ce droit – et au stéréotype une femme = une mère). De leurs côtés, les hommes ne sont considérés que comme des géniteurs et des hommes d’extérieur. La plupart vit au fond du jardin, dans une roulotte. La gent masculine doit prendre soin des parcelles, des arbustes et des fleurs. Elle est faite pour ça, c’est inscrit dans sa morphologie. Alors que dans notre société ce sont les femmes qui sont reliées à l’idée de beauté et de superficialité, ici ce sont Messieurs les jardiniers. Ils se maquillent, mettent des mini-shorts et des talons. Les femmes, quant à elles, se contentent de grandes robes austères. Je vais éviter de vous décrire plus précisément ce monde inventé par Isabelle Alonso car je ne veux pas vous gâcher la lecture de ce roman. Plus j’en dirai, moins vous serez étonnés. Sachez juste que les deux héros de cette histoire, Kim et Loup (des prénoms très efféminés ; Isabelle Alonso a le souci du détail) vont ressentir le besoin de faire bouger les choses. Mais tout ne sera pas simple. Les obstacles se multiplieront.

Autre point important : la langue française. D’après l’auteure, il existe deux versions de son roman. Dans la première, elle s’est surtout concentrée sur son histoire. Dans la deuxième, réalisée plusieurs années après, elle est allée plus loin dans l’exercice, en modifiant la grammaire, l’orthographe, la conjugaison. Pour ma part, j’ai lu la seconde version. Cela n’a pas été facile au début de lire ce roman où l’accord au féminin l’emporte sur celui au masculin. Même les formes invariables comme « il y a » ont été transformées en « elle y a ». Mais après plusieurs pages, on s’y habitue et on savoure les retournements linguistiques !

Isabelle Alonso conclut très bien elle-même le but de l’écriture d’un tel livre. Alors, je ne vais faire que la citer. « Ce monde qui ignore les gratte-ciel, où le foot ne se joue que dans des terrains vagues et les hommes se maquillent et s’épilent, est-il meilleur que le nôtre ? Evidemment non ! La domination féminine est aussi injuste que la domination masculine. La démocratie, la vraie, c’est le partage, la mixité, la parité… Elle faut le dire ! »

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30 réflexions sur “Et si le monde était dirigé par les femmes ?

  1. Super chronique ! Effectivement le sujet a l’air extrêmement bien traité. C’est mcourageux d’avoir lu la version avec les modifications de langage. Ça a dû être une sacré expérience ! 🙂

  2. Tiens, c’est rigolo que je tombe sur cet article là tout de suite, je suis en train de lire un roman qui a un peu le même sujet (La république des sorcières de Chloé Delaume), ça parle (en gros) de 3 ans durant lesquels les femmes ont « pris le pouvoir ». Cette lecture pourrait m’intéresser en complément, ça pourrait être assez sympa de rester sur le même thème… merci pour la découverte !

    • Si c’est un thème auquel tu tiens beaucoup, alors je te conseille chaudement cet ouvrage ! Il remet pas mal de points en perspective, et ce message d’égalité qu’il délivre entre les lignes est des plus intéressants !

  3. Un roman qui a l’air vraiment intéressant! J’avoue que tu as titillé ma curiosité avec ta chronique 😉 L’idée d’échanger les rôles peut être super pour se rendre compte des inégalités de la société et je pense que ça pourrait me plaire! Je suis plus sceptique pour tout ce qui concerne l’écriture, même si l’auteur a mené son projet jusqu’au bout en changeant la grammaire, ça risque de me perturber un peu …

    • Je ne vais pas te mentir, les changements apportés à la langue française sont assez perturbants. Mais surtout au début. Une fois qu’on est plongé dans l’histoire, il n’y a plus vraiment de soucis, et d’une certaine manière c’est en parfait accord avec l’histoire que ce livre dévoile. Cela crée une cohérence 🙂

  4. Je ne connaissais pas du tout ce roman mais j’ai qu’une envie à présent c’est de le dévorer !
    Merci beaucoup pour cette belle découverte !! J’espere accrocher autant avec le roman qu’avec ta chronique !

    Bonne semaine !

    • J’espère vraiment que tu apprécieras ce livre. Je trouve que c’est un très bon ouvrage pour pousser le lecteur à réfléchir sur ce qui l’entoure ! L’auteure n’hésite pas à caricaturer pour nous montrer à quel point notre société est inégale et souvent irrespectueuse…

    • Les changements sont un peu difficiles à encaisser au début. Mais on finit par s’y habituer 🙂 et puis cela donne un peu plus de cohérence et de richesse à l’histoire écrite par Isabelle Alonso ^^

  5. J’avais lu une critique sur ce livre sur Sens Critique pas vraiment élogieuse mais de lire la tienne ça m’encourage à le lire ce livre ! Je le note dans ma wish !

    • J’espère qu’il te plaira ! Je peux comprendre que ce livre laisse des mauvais souvenirs à certains lecteurs. Déjà, ce roman remet en cause notre société et nous met, implicitement, une grande claque dans la figure. Et puis, il y a aussi le style d’écriture de l’auteure qui peut être assez déroutant. Mais dans tous les cas, c’est un livre à découvrir pour son contenu !

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