Dix-sept ans et un avortement

En 2016, les femmes sont libres d’avorter. C’est écrit dans la loi. C’est écrit dans notre Histoire grâce à des personnes comme Simone Veil. Puisqu’il en est ainsi, puisque c’est écrit, beaucoup de Français pensent que le droit à l’IVG est acquis, qu’il n’y a plus besoin de se battre, de descendre dans la rue pour le protéger. Pourtant, ce droit est fragile.

C’est une chrysalide qui peut se fendre, mourir à tout moment. C’est un bout de papier que l’on peut brûler, déchirer sous le coup de l’entêtement. En France, contrairement à ce que l’on pourrait penser, beaucoup de femmes rencontrent des difficultés pour avorter, certaines sont obligées d’aller à l’étranger parce qu’on leur a mis des bâtons dans les roues. Un comble. Il y a la haine, les opposants à ce droit, les législations qui reviennent en arrière (en Espagne par exemple), les hommes et femmes politiques qui parlent d’avortement de confort. Colombe Schneck a alors ressenti le besoin de parler, de raconter son histoire pour dire : vous avez tort, c’est mon corps, ma liberté, mon droit et celui de toutes les femmes.

Si vous avez l’habitude de me suivre sur les réseaux sociaux et de lire mon blog, vous avez peut-être remarqué que le droit à l’IVG est un droit qui me tient à cœur. J’ai d’ailleurs consacré mon webdocumentaire de deuxième année de master à ce sujet (vous pouvez le retrouver ici si ça vous intéresse). Il était donc inévitable que je finisse par lire ce récit autobiographique.

Dix-sept ans Colombe SchneckDix-sept ans est un livre court mais poignant. De petit chapitre en petit chapitre, Colombe Schneck revient sur cet événement inattendu. Des phrases simples, belles, sans fioritures.  L’auteure va à l’essentiel, elle n’a pas besoin d’en faire trop pour qu’on la comprenne. Avant la nouvelle de la grossesse, c’était la liberté, l’insouciance, le désir, la découverte de l’autre. Quand on a dix-sept ans, on a le sentiment de tenir les rênes. Quand on a dix-sept ans, que l’on vit au sein d’une famille qui nous respecte et nous écoute, on a la sensation de voler, de maîtriser l’envol comme l’atterrissage. Mais quand on a dix-sept ans, on peut aussi se tromper, commettre une erreur et louper la réception.

Pour continuer à être libre et pour rattraper cette réception ratée, Colombe choisit l’IVG. Alors qu’elle n’a pas de doute concernant ce choix, elle ressent quand même une gêne. L’avortement a beau être autorisé par la loi, il reste tabou. L’acte reste caché, tapis dans l’ombre, il doit être un poids, sonné grave. Pendant des années, Colombe n’en a jamais parlé, jusqu’à ce livre dans lequel elle écrit et démontre que, finalement, l’avortement ne doit pas être une honte. Oui, l’IVG n’est pas un acte anodin, mais non, il ne détruit pas forcément. L’IVG a fait de Colombe la femme qu’elle est aujourd’hui.

« J’en suis persuadée, c’est un garçon, un bébé d’hiver, né il y a trente ans, qui m’a permis d’être libre, d’être tour à tour, selon mon choix, étudiante, voyageuse, amante, épouse, mère, lectrice, touriste, journaliste, écrivain. »

Si vous souhaitez lire le témoignage d’une femme ayant choisit l’avortement, je ne peux que vous conseiller celui-ci. Rapide mais intense.

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17 réflexions sur “Dix-sept ans et un avortement

    • Oui, malheureusement cela reste un tabou… Comme la sexualité en général. J’ai déjà parlé avec des personnes qui s’offusquaient de voir que le nombre d’IVG n’avait pas diminué depuis l’adoption de la loi Veil et quand je leur disais :  » mais justement pour que ce nombre diminue, il faudrait peut-être plus parler de la sexualité à l’école, en famille, pour informer les plus jeunes et les moins jeunes des risques, des possibilités qu’une relation sexuelle peut entraîner ; souvent, on ne se rend pas compte de tout ça, on ne prend pas en considération le sérieux de la chose, on en parle pas beaucoup… » Et chaque fois, on me répondait : « ah non ! on ne parle de sexe ! « … Je ne dis pas que cela va forcément tout changer, mais si on en parlait plus facilement, les gens auraient beaucoup plus conscience des risques et feraient peut-être plus attention. Et puis malheureusement, la contraception parfaite n’existe pas encore…

    • En partie à cause de mon histoire personnelle 🙂 A 19 ans, je me suis retrouvée enceinte et j’ai fait le choix d’avorter. Et à ce moment-là, j’ai pris conscience de la chance que j’avais d’être dans un pays qui autorise l’IVG. Comme tout s’est bien passé pour moi, je pensais naïvement que toutes les femmes qui souhaitaient avorter dans l’hexagone pouvaient le faire facilement. Mais en m’informant sur le sujet, après mon IVG, je me suis rendu compte que non. Une fois de plus, j’ai réalisé que j’avais eu de la chance. C’est pour ça qu’aujourd’hui ce droit me tient à cœur parce que j’aimerais que toutes les femmes, qu’elles soient Françaises ou non, puissent avoir accès à l’IVG. Et surtout, qu’elles le choisissent, non pas qu’elles le subissent à cause de la pression sociale, de la culpabilité que l’on veut mettre sur leurs épaules (culpabilité qui va dans les deux sens : quand elles choisissent de poursuivre la grossesse ou de l’arrêter ; il y a beaucoup de jeunes filles, de femmes qui se prennent des remarques blessantes parce qu’elles choisissent de garder l’embryon alors que cela ne serait soit-disant pas « le bon moment »)… Enfin, c’est vraiment contradictoire.
      C’est pour cela que ça me tient à cœur : les femmes ont droit de choisir.
      Et puis, j’ai un petit côté féministe aussi 🙂
      Voilà, j’espère avoir répondu à ta question 🙂

    • Merci 🙂 faire un webdocumentaire sur ce sujet n’a pas été facile mais finalement, je suis plutôt contente de moi ! Et je te conseille fortement ce petit livre si jamais tu as l’occasion de le lire 😀

  1. C’est un sujet qui me touche profondément et qui en même temps réveille des peurs en moi… Je ne saurais même pas di dire si j’ai envie de lire ce livre ou pas…

    • Ah, je comprends, c’est un sujet qui n’est pas simple à aborder, surtout quand il s’agit d’un témoignage, certains passages peuvent être délicats. Mais ici, l’auteure raconte son expérience avec des mots simples, et à aucun moment elle ne parle du jour où elle a avorté dans les détails, c’est surtout sur l’entourage, son ressenti, alors si jamais un jour tu en ressens l’envie, je te le conseille. Mais c’est sûr, si tu n’en ressens jamais l’envie, il ne faut pas que tu te forces 🙂

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